Eau du robinet ou eau en bouteille? Quelle est la meilleure pour la santé et l’environnement?

Presse Santé-environnement
Publié le 16 juillet 2019

Doit-on préférer l’eau en bouteille ou l’eau du robinet pour notre santé ? Si cette question est tranchée d’un point vue environnemental, la conclusion est bien plus ardue lorsque l’on s’intéresse aux contaminants de l’eau (nitrates, pesticides, métaux lourds…) et notamment les microplastiques qui souillent maintenant notre planète. (source: notre planète.info)

Doit-on consommer de l’eau du robinet ou de l’eau en bouteille ? La réponse n’est pas si évidente. Ecologiquement, la mise en bouteille, son transport et la gestion des déchets est polluant et énergivore mais qu’en est-il de la qualité de l’eau que nous buvons ?
En France, consommer de l’eau du robinet, dans un pays qui se targue d’avoir les meilleurs contrôles qualité au monde pourrait nous conforter dans ce choix.

L’eau du robinet contient des nitrates et pesticides

Cependant, les cours d’eau sont très pollués en France, principalement à cause des nitrates et des pesticides. C’est pourquoi, l’eau du robinet peut présenter des valeurs significatives de pesticides, et de nitrates.
En 2015, 61,8 % de la population française disposait d’une eau de distribution avec une concentration maximale en nitrates[1] inférieure à 25 mg/L (Ministère de la Santé, 2016). Autrement dit, 38 % des Français pouvaient boire une eau du robinet avec des valeurs en nitrates comprises entre 25 et 50 mg/l, là où la plupart des eaux en bouteille (eaux minérales naturelles et eaux de source) restent en dessous de 5 mg/l et ne contiennent pas de pesticides…

Soulignons que plus de 90 % des cours d’eau en France sont contaminés par des pesticides, pesticides que l’on retrouve ensuite dans l’eau du robinet.
En témoigne une analyse urinaire de détection du glyphosate effectuée en 2019 par une personne qui ne mange que des produits bio mais boit de l’eau du robinet. Ses résultats ont montré une contamination assez élevée en glyphosate.

Quid de l’aluminium dans l’eau du robinet ?

Autre sujet d’inquiétude : l’aluminium, un métal présent naturellement sur Terre que l’on retrouve partout : dans les organismes vivants, le sol, l’eau… Sa concentration dans l’eau du robinet, non renseignée dans les analyses, a fait l’objet de suspicions quant à son lien avec la maladie d’Alzheimer qui touche maintenant 900 000 personnes en France. En fait, dans l’état actuel des études sur la question : « il ne peut être envisagé d’association causale entre l’exposition à l’aluminium via l’eau du robinet et maladie d’Alzheimer », a réaffirmé l’ARS en 2014.

L’eau du robinet altérée par l’état des canalisations

En 2016, l’association Que Choisir publiait une enquête alarmante sur la qualité réelle de l’eau du robinet en ajoutant un critère important : l’état des canalisations qui délivrent l’eau courante et la présence de composants toxiques comme le plomb, le cuivre, le nickel et le chlorure de vinyle. Si l’initiative est louable, elle manque cruellement de points de contrôle comme le souligne Que Choisir : « pour la recherche du plomb, du cuivre, du nickel, du chlorure de vinyle et de l’épichlorhydrine, le prélèvement de l’eau se fait fréquemment au robinet des consommateurs. Par conséquent, leur présence dans une analyse ne signifie en aucun cas que cette pollution affecte l’ensemble du réseau ou de la ville, car elle peut ne concerner par exemple que certains branchements du réseau, certains immeubles ou logements. » Ce qui signifie que la qualité de l’eau du robinet dépend principalement de l’état des canalisations en aval, dans notre logement.

Comment vérifier la qualité de son eau du robinet ?

Finalement, en vérifiant régulièrement, grâce au site web dédié du Ministère de la Santé, que l’eau délivrée à son domicile présente de faibles teneurs en nitrates et pesticides, l’eau du robinet peut tout à fait être consommée sereinement. D’autant plus que la très grande majorité des contaminants que nous ingérons, proviennent de notre alimentation, qui elle doit être surveillée avec sérieux, en privilégiant principalement les produits d’origine biologique.

65 fois plus chère que l’eau du robinet, à l’origine de 150 000 tonnes de déchets plastiques par an en France, l’eau embouteillée ne serait pas franchement justifiée. Et pourtant, d’autres composants chimiques polluent l’eau : substances médicamenteuses, partiellement supprimées lors du traitement et plus inquiétant encore, des plastiques, des hydrocarbures et des nanoparticules qui ont envahi notre quotidien et notre alimentation… « Aujourd’hui, cet effet « mélange de molécules » mobilise des programmes de recherches spécifiques se déroulant dans le monde entier. » précise le Centre d’Informations sur l’Eau (CIEAU).

80% de l’eau du robinet contient du plastique

Depuis 1950, année où le plastique fait son apparition dans notre vie quotidienne, nous avons produit et consommé à l’échelle mondiale 8,4 milliards de tonnes de plastique (plus de 1 million de fois le poids de la tour Eiffel). Une nouvelle étude publiée en 2017dans Science Advances montre que 6,3 milliards de tonnes de ces déchets sont des plastiques très peu biodégradables, qui s’accumulent dans les milieux et sont transportés vers l’océan par les cours d’eau.

Aujourd’hui, on trouve des morceaux de plastique, mais aussi des fibres textiles partout : dans l’air, le sol et dans le milieu aquatique comme en témoignent les très médiatisés « continents de déchets » présents dans les gyres océaniques. Résultat : toute la chaine alimentaire est contaminée, du minuscule zooplancton aux thons en passant par les oiseaux et l’Homme…

C’est donc en toute logique que l’on retrouve des microplastiques dans notre eau du robinet ! C’est l’objet d’une enquête intitulée « Invisibles » menée par le média Orb et un chercheur de l’école de santé publique de l’Université du Minnesota (Etats-Unis) sur les 5 continents du globe.

Le constat est édifiant : à l’échelle mondiale, 83 % des eaux du robinet sont polluées par des microplastiques et donc quasiment toute notre alimentation puisque l’eau entre dans la préparation de nombreux plats…

Zone géographique % d’eau du robinet contaminée
Etats-Unis 94 %
Beyrouth (Liban) 94 %
New Delhi (Inde) 82 %
Kampala (Ouganda) 81 %
Jakarta (Indonésie) 76 %
Quito (Equateur) 75 %
Europe 72 %
Contamination de l’eau du robinet dans le monde
Crédit : Orb

Notons qu’en avril 2017, une équipe de chercheurs malaisiens de l’université Putra Malaysia a analysé différents sels vendus dans le commerce à travers le monde et là aussi, presque tous contenaient des microplastiques : 40 % de polypropylène (PP) et 33,3 % de Polyéthylène (PE).

D’où proviennent ces microplastiques ?

On a longtemps considéré qu’ils provenaient principalement de la dégradation des macro-déchets de plastique abandonnés dans la nature (sacs, bouteilles, emballages divers…) mais ils sont également constitués de fibres issues de l’abrasion quotidienne des vêtements, de leur lavage en machine, des tapis, de l’usure des pneus, des peintures, des microbilles utilisées en cosmétique… Une étude menée à Paris en 2015 avait montré que 3 à 10 tonnes de microplastiques se déposent chaque année sur le sol de la capitale française, précise l’enquête d’Orb.

Doit-on s’inquiéter de la présence de microplastiques dans l’eau du robinet ?

Oui, car les microplastiques contiennent ou favorisent l’adsorption de composés chimiques persistants et toxiques, qui vont ensuite s’accumuler dans nos tissus et favoriser l’apparition de cancers et maladies, indique l’étude.  Or, les premières études concernant les effets sur la santé des microplastiques ne font que commencer et l’on ne sait pas encore si les législateurs iront jusqu’à établir une valeur limite de concentration en microplastiques dans notre eau. Ne parlons même pas des études sur notre exposition aux nanoplastiques, qui appartiennent encore au futur.

Microplastiques : doit-on préférer l’eau en bouteille ?

Pas si sûr, à en croire les résultats d’une nouvelle analyse publiée en mars 2018 par Orb. L’eau de 259 bouteilles différentes provenant de 9 pays (Chine, USA, Inde, Indonésie, Mexique, Brésil…) a été analysé et 93 % d’entre elles étaient contaminées par des microplastiques !
En moyenne, ce sont plus de 10 particules de microplastiques de plus de 100 µm par litre d’eau en bouteille qui ont été trouvées, c’est deux fois plus que dans l’eau du robinet.

Cependant, les particules retrouvées dans l’eau en bouteille sont différentes : alors que les fibres constituaient 97% des microplastiques retrouvés dans l’eau du robinet, ils ne composaient que 13% des particules contenues dans l’eau embouteillée, le reste étant des fragments de plastique et principalement du polypropylène qui entre dans la composition des bouteilles elles-même.
Ceci signifie que la source principale des particules de microplastiques peut provenir du processus industriel de mise en bouteille de l’eau, voire même de la simple ouverture de la bouteille par le consommateur.

En outre, n’oublions pas de contribuer au recyclage des déchets plastique : une seule bouteille en plastique de 1l jetée dans la nature peut se morceler en microplastiques qui, alignés, forme une ligne de 1,6 km de long !

Et malheureusement, ces microplastiques, invisibles à l’oeil nu, ne se dégradent pas et ne peuvent être récupérés ni détruits… Ils perdureront pendant des siècles sous forme microscopique voire nanoscopique, affectant tous les milieux et tout le vivant de notre planète avec des conséquences que l’on ne mesure pas encore.

Notes

  1. « Le nitrate en lui-même n’est pas toxique. C’est la transformation des nitrates en nitrites qui peut, potentiellement, avoir un impact négatif sur la santé. Dans le sang, la présence de ces nitrites peut en effet provoquer la formation de « méthémoglobine », une forme d’hémoglobine incapable de transporter l’oxygène » (CIEAU, 2017).

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