Pesticides: l’absurdité de l’écologisme de salon du gouvernement.

Presse Santé-environnement
Publié le 15 septembre 2019

Une consultation. Les pesticides ? Une consultation… Si on peut y adjoindre l’adjectif « citoyen », c’est encore mieux. En l’occurrence, la consultation sur les « zones tampons » autour des terrains en cas d’épandage de pesticides a quelque chose d’assez lunaire. Le gouvernement, donc, entend demander leur avis aux citoyens sur un projet d’interdiction d’épandage à moins de 5 ou 10 m d’habitations. A cela près qu’il justifie le choix de cette distance par le fait que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande ces distances de sécurité, ce qui semble ajouter une forme de scientificité à une décision tout aussi arbitraire que les 150 m choisis dans l’arrêté du maire de Langouët. Daniel Cueff est devenu la star de tous ces partis politiques convertis à l’écologie pour combler le vide idéologique, les mêmes où il est de bon ton, après avoir pendant des années considéré qu’on était plus proche d’un démocrate new-yorkais que d’un paysan de la Creuse, d’affirmer qu’il faut séance tenante interdire l’avion.

ÉCOLOGISME DE SURFACE

En écologie comme en tout autre domaine, la conscience d’une urgence ne doit pas nous ôter la lucidité nécessaire pour penser avec nuance. Ceux qui s’imagineraient qu’un cordon sanitaire séparant les paysans, présumés coupables, du reste du monde – invité, donc, à les ignorer un peu plus – va répondre aux enjeux se beurrent les lunettes. En revanche, ceux qui croient que des produits qu’il est conseillé d’épandre en combinaison de cosmonaute sont inoffensifs du moment qu’on se situe à 5 m d’eux et de la combinaison en question se chantent des berceuses – les cancérologues en savent quelque chose. Les zones tampons telles qu’elles sont préconisées n’ont pas de sens parce que les paramètres à prendre en compte pour en déterminer les dimensions sont tellement nombreux qu’il n’existe aucune étude pour les définir.

Dans un champ de betteraves du Nord, il n’existe aucune entrave à la circulation des gouttelettes de produit, qui peuvent donc être portées par le vent et se promener à loisir, quand le bocage du Maine ou de Normandie crée une barrière naturelle. C’est bien à l’échelle d’une collectivité qu’il faut analyser les différentes données, et conclure par une décision politique déterminant un risque acceptable.

« Risque acceptable » : l’expression fera bondir autant ceux qui prônent l’interdiction immédiate de tous les pesticides que ceux qui nous expliquent benoîtement que tout va bien, qu’ils sont inoffensifs et qu’il faut, surtout, continuer à ne rien faire et à voir disparaître les insectes pollinisateurs. Mais elle rappelle que l’objectif doit être la conversion progressive de notre agriculture à un modèle qui, sans être forcément bio, développe des solutions raisonnables en fonction des sols, des conditions climatiques et géographiques, pour limiter au minimum les intrants chimiques.

GLYPHOSATE ET FNSEA

L’ouvrage le plus intelligent sur la question est sans doute celui de Frédéric Denhez, Cessons de ruiner notre sol ! (Flammarion, 2014). Le journaliste y défend les principes de l’agroécologie, c’est-à-dire la manière de convertir les paysans non par la morale, mais par la rationalité. Parce que cette technique préserve leurs sols, et demande moins d’investissements en chimie et mécanique, bref, parce que c’est beaucoup plus rentable.

L’écologie n’est pas, n’en déplaise aux rebelles de salon, un catastrophisme punitif, mais une émancipation qui permet à chacun de reprendre le contrôle de sa vie

Le gouvernement, qui promet la fin du glyphosate d’ici à trois ans « à condition que les agriculteurs aient une solution de remplacement », se donne-t-il les moyens de tenir le délai ? Contrairement à ce que prétendent les défenseurs de l’agrochimie, le débat n’est pas entre l’obscurantisme et la science, le retour aux cavernes et la modernité. Car il n’est rien de plus technique et de plus scientifique que la pratique de l’agro-écologie, mariage du bon sens, de l’observation fine, des connaissances accumulées depuis deux siècles et de celles produites actuellement, en faisant, par exemple, tourner les cultures pour éviter de massacrer les sols en les labourant inutilement. Pour l’heure, les lycées agricoles manquent cruellement de formateurs et ce, d’autant plus que c’est la FNSEA qui a la main sur les centres de formation.

Alors que l’érosion et la destruction de la biodiversité laissent un champ de ruines, une véritable action politique réclamerait un investissement dans la formation et des concertations à l’échelle des collectivités, qui évitent à la fois les études produites actuellement par des chambres d’agriculture en position de juges et parties, et le maximalisme de certaines ONG. Mais, quoi qu’il arrive, rien ne se fera sans les paysans, sans un retour à l’essence de leur métier pour les libérer de la chimie et des tracteurs. L’écologie n’est pas, n’en déplaise aux rebelles de salon, un catastrophisme punitif, mais une émancipation qui permet à chacun de reprendre le contrôle de sa vie. Marianne: le 12/09/2019 par Natacha Polony

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