Une étude inédite révèle que 15% des espèces de plantes sont menacées en France

Photos Flore Presse
Publié le 19 avril 2019

C’est une première nationale. Les 4 982 espèces de plantes recensées sur le territoire français ont fait l’objet d’un examen approfondi. Parmi elles, 742 figurent sur la liste rouge des espèces menacées. La flore des Pyrénées est particulièrement touchée.

Grace à un travail de réintroduction, l’Aster des Pyrénées reprend des couleurs.

PHOTO CONSERVATOIRE BOTANIQUE NATIONALE DES PYRÉNÉES

Des espèces en voie d’extinction, la faune sauvage en recèle, hélas ! Bien trop. Mais ce n’est rien comparé aux menaces qui pèsent sur la flore de France. Sur les 4.982 espèces indigènes recensées en France métropolitaine, 15 % encourent un risque de disparition, soit 742 espèces de plantes vasculaires classées menacées ou quasi menacées.

Voilà ce qu’il ressort du travail de fourmi réalisé conjointement par l’Union internationale pour la conservation de la nature, le réseau des Conservatoires botaniques nationaux, l’Agence pour la biodiversité et le Muséum d’histoire naturelle.

Plus de 3 ans de travaux, la mobilisation d’une quarantaine de botanistes et près de 30 millions de données floristiques analysées ont été nécessaires pour dresser la liste rouge nationale des espèces menacées. Un appel de la communauté scientifique pour éveiller les consciences sur cet enjeu majeur pour la biodiversité alors que la France est le troisième pays d’Europe possédant la flore la plus diversifiée, derrière l’Espagne et l’Italie. La métropole concentre 210 espèces qui n’existent nulle part ailleurs sur la planète.

Dans les Hautes-Pyrénées, la saxifraga est menacée par les pratiques sportives. 

Photo Conservatoire botanique national des Pyrénées

Après quelques tentatives, cette liste rouge est le premier document à dresser un bilan objectif du niveau de menace qui pèse sur les espèces végétales, en s’appuyant sur une méthode rigoureuse, reconnue par l’ensemble de la communauté scientifique. Pour chaque espèce, le risque de disparition est déterminé en fonction de la taille et de la dynamique des populations, de l’aire de répartition et des menaces. À la lumière de ces observations, 421 espèces se révèlent menacées et 321 quasi menacées.

Des menaces connues

Si, pour l’heure, les effets du changement climatique n’ont pas encore pu être établis comme des facteurs de pression, d’autres menaces sont connues : la disparition des zones humides, l’expansion urbaine et commerciale, l’artificialisation des berges, mais aussi les changements de pratiques agricoles (abandon progressif du pastoralisme, usage excessif d’herbicides…).

« Ces résultats ne nous surprennent pas vraiment car nous mesurons quotidiennement, à l’échelle de l’ancienne région Midi-Pyrénées, les menaces qui causent ces régressions, analyse Jocelyne Cambecèdes, responsable du pôle conservation du Conservatoire botanique national des Pyrénées, basé à Bagnères-de-Bigorre. C’est une évolution plus discrète que pour la faune sauvage, mais qui forme un tout. S’il y a peu de disparitions d’espèces, nous constatons des régressions très importantes qu’il faut stopper. C’est le cas des plantes messicoles, liées aux milieux cultivées et aux moissons. Si elles disparaissent, cela veut dire moins de pollen, moins de nourriture mais aussi moins d’abris pour les insectes. C’est pour cela qu’il faut alerter les décideurs sur ces disparitions discrètes. Quant aux Pyrénées, elles sont d’autant plus concernées qu’elles recèlent d’espèces endémiques avec une ou deux populations extrêmement sensibles au moindre phénomène. A l’image du géranium d’Andres dont seule deux populations sont recensées. Mais même en plaine, il y a des choses à défendre. »

L’étude fait état de 24 espèces aujourd’hui disparues du territoire. Avant que les défenseurs de l’or vert ne voient définitivement rouge.

En Bigorre, l’aster des Pyrénées refleurit

Le cas de l’aster des Pyrénées détonne, à l’heure de la publication de cette liste rouge. Alors qu’elle était en danger en 1995, elle n’est plus aujourd’hui que quasi menacée. « Au siècle dernier, on ne comptait plus que trois populations en France dont deux à la localisation hasardeuse, narre Jocelyne Cambecèdes, du Conservatoire botanique national des Pyrénées. Elle avait ainsi disparu en 50 ans de la Haute-Garonne, victime des botanistes collectionneurs. Puis, un travail de prospection a été lancé, avec le Parc national, dans un milieu difficile d’accès où cette plante endémique était considérée au bord de l’extinction. Aujourd’hui, grâce à un travail de renforcement, dans la vallée du Louron notamment, on recense 11 localités. ».

Les isoètes concurrencées par les espèces envahissantes et la faune des lacs de montagne. – Conservatoire botanique national des Pyrénées

Jocelyne Cambecedes: « Une richesse particulière et méconnue »

Jocelyne Cambecèdes, responsable du pôle conservation au Conservatoire botanique national des Pyrénées.

Pourquoi a-t-il fallu attendre 2019 pour qu’un premier inventaire des plantes menacées soit réalisé ?
Il y avait bien eu une première liste rouge en 1995. Mais cela avait été évalué au dire d’experts et sur seulement 1.000 taxons. Là, c’est cinq fois plus d’échantillons et l’inventaire est basé sur des critères partagés par tous les pays du monde.

Ces résultats vous surprennent-ils ?
Pas vraiment. Même en Midi-Pyrénées, on se rend compte de ces pressions et de ces régressions. C’est une menace plus discrète car il est moins facile de communiquer au grand public sur les fleurs que sur les animaux. Cette publication doit permettre de donner un écho plus important à toutes ces menaces pour alerter de façon plus large les acteurs et les décideurs.30 % des surfaces de prairie ont disparu en un demi-siècle.199 espèces de plantes sont menacées par l’étalement urbain.

Comment stopper ces pressions ?
Tout le monde peut avoir un rôle. C’est nécessaire car les plantes sont au cœur des écosystèmes et sont un enjeu d’avenir pour soigner et nourrir l’humanité. Individuellement, on peut agir en ciblant notre consommation, en se renseignant sur le caractère envahissant de plantes exotiques que je souhaite installer chez moi, en me renseignant sur la provenance des plantes des produits pharmaceutiques (l’arnica est menacée) ou en favorisant la biodiversité avec une mare ou un toit végétalisé.

Que fait le conservatoire ?
Nous œuvrons à une prise de conscience des décideurs. Nous menons des programmes de sensibilisation auprès des agriculteurs, des activités de pleine nature, des chasseurs, en présentant des pratiques plus respectueuses et en finançant, par exemple, la restauration de milieux humides. Il ne s’agit pas de mettre la nature sous cloche, mais d’actions concrètes comme des travaux de débroussaillement. L’autre problématique, c’est l’urbanisation. Il faut sensibiliser les collectivités pour intégrer ces enjeux de protection de la nature dans les documents d’urbanisme. Si on intervient tôt, on arrive à trouver des solutions. À Fontenilles, à l’ouest de Toulouse, un supermarché a été déplacé par rapport au projet initial, afin de préserver le territoire de l’orchis lacté. Il y a même, aux portes des villes, une richesse particulière et méconnue.

Andy Barréjot

 

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