Canicule: la France addict à l’eau (source Marianne)

Presse Santé-environnement
Publié le 1 juillet 2019

La canicule a de lourdes conséquences sur nos ressources en eau, dont le caractère vital ne se résume pas à notre hydratation.

 

Les fortes pluies du mois de mai ne doivent pas nous tromper : la sécheresse guette. Prises en tenaille entre un hiver sec et la canicule actuelle, les nappes phréatiques ont du mal à se renouveler (voir carte). Résultat, depuis le 20 juin, 17 départements français sont soumis à des mesures de restrictions d’eau. L’Indre est même sous alerte rouge et régime sec depuis le 5 juin. Il s’agit de limiter, voire d’interdire, selon les zones concernées, la consommation d’eau pour certains types d’arrosage et de nettoyage et l’interdiction du remplissage des piscines privées -la France est le deuxième plus gros marché mondial derrière les Etats-Unis avec 2,5 millions de piscines privées recensées.

RETENIR L’HUMIDITÉ

Si la France n’est pas encore le Sahara, les conséquences du manque d’eau sont prises très au sérieux. Dans l’agriculture, d’abord, qui pompe 43 % des ressources consommées chaque année en France. « Avec la répétition des sécheresses, il nous faut privilégier une agriculture limitant notre dépendance à la pluie », estime Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne,. Thierry Gauquelin, scientifique du CNRS spécialiste du changement climatique, va dans le même sens : « Entre 2050 et 2100, les pluies se raréfieront en été, et les sols seront de plus en plus secs, avec des conséquences sur les récoltes. »Selon l’Académie américaine des sciences, chaque degré supplémentaire par rapport à la moyenne des températures réduit en effet les rendements de riz de 3,2 %, de 6 % pour le blé, et de 7,4 % pour le soja. « D’où l’intérêt de trouver des moyens de retenir l’eau, précise Thierry Gauquelin. Limitons donc les engrais chimiques et les pesticides qui détruisent la biodiversité des sols. »

Pour Nicolas Girod, « la canicule de ces jours-ci rappelle combien les petites exploitations, en phase avec les ressources de leur environnement, freinent la course à l’eau ». A la tête d’une ferme de 40 vaches laitières qui pâturent en liberté, cet éleveur profite pendant la majeure partie de l’année de l’ « eau gratuite »de sa source. En été, il complète ses approvisionnements avec l’eau du réseau. Mais, en 2018, la hausse des températures et le tarissement de sa source avait engendré un surcoût annuel de 10 à 15 %. Du côté des viticulteurs bio, on confirme : « Hormis quelques exploitants provençaux désormais contraints d’irriguer leurs vignes, nos modes de production s’accommodent très bien du manque d’eau, assure Frédéric Brochet, secrétaire de France vin bio. Puisque nous proscrivons les herbicides, nos sols sont couverts d’herbe ou binés, ce qui retient l’humidité en profondeur. De plus, sans traitement, nos rendements sont moindres, et les plantes fournissent moins d’effort pour porter leurs grappes, qui gagnent en sucre avec la chaleur. » Un modèle vertueux valable pour toutes les cultures.

Reste la question de la qualité de l’eau : en 2017, UFC- Que choisir révélait que la moitié des rivières et un tiers des nappes phréatiques françaises sont contaminées par des pesticides. « Une eau plus rare et plus polluée », clamait le rapport publié par l’association. De fait, à Etais-la-Sauvin, dans l’Yonne, l’eau du robinet est depuis deux ans impropre à la consommation. Des Hauts-de-France à la Normandie en passant par la Bourgogne, on trouve désormais des dizaines de communes plongées dans la même situation.

Autre conséquence alarmante de cette crise de l’eau ? Pour les centrales nucléaires éloignées des littoraux, l’eau des fleuves, dont le niveau baisse et la température augmente, sert au refroidissement des réacteurs. « Le refroidissement des réacteurs non équipés d’un système adapté n’est alors plus possible », alerte Charlotte Mijeon, porte-parole de Sortir du nucléaire. Jouant sur le débit, les barrages font alors office de régulateurs.

BRICOLAGE À FESSENHEIM

Dans la Vienne, les habitués du lac de Vassivière ont ainsi vu, l’année dernière, ce plan d’eau réduit dans d’importantes proportions pour les besoins des réacteurs de Civaux. Dans l’Ain, les centrales de Saint-Alban-du-Rhône et Bugey avaient carrément été mises à l’arrêt. Des choix radicaux qui tranchent avec le bricolage déjà constaté à Fessenheim : en 2003, la centrale était copieusement arrosée pour faire diminuer la température des réacteurs. Plus inquiétant encore, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) jugeait dans une note du 6 février dernier que « la démonstration de la capacité des installations à faire face aux situations de “ grands chauds ” n’est pas pleinement apportée ». Avec la répétition des épisodes de fortes chaleurs, la viabilité des 58 réacteurs français pose donc question.

« Lors des canicules de 2003 et 2006, les températures de l’eau et de l’air observées sur les sites ont été nettement supérieures à celles retenues à la conception des centrales », constate en effet l’IRSN.

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