C’est officiel : « la malbouffe », première cause de mortalité dans le monde

Santé-environnement
Publié le 30 avril 2019
Une récente étude publiée par la revue scientifique médicale « The Lancet » révèle qu’un décès sur cinq est dû à une mauvaise alimentation. Il y a urgence.
Source: Marianne (28/04/2019) par Périco Légasse

L’opinion publique n’a pas attendu la faculté pour se convaincre que le contenu de nos assiettes soulève de graves interrogations. En France, hormis quelques lanceurs d’alerte isolés interpellant la société sur les risques d’une nourriture industrialisée à outrance, le premier qui tapa du poing sur la table pour éveiller les consciences fut Jean-Pierre Coffe. Les tranches de jambon plastifié traversant le plateau en vol plané sous ses quolibets resteront de légendaires instants de télévision. Coups de gueule d’autant plus méritants que la propagande proclamait déjà à tout-va que l’on n’avait jamais aussi bien mangé qu’à notre époque. Nous étions dans les années 80, la publicité battait son plein pour vanter, à longueur de « messages commerciaux », quand ils n’étaient pas relayés par les médias, les mérites des produits agro-industriels proposés sur les rayons de la grande distribution et qu’il suffit d’ingurgiter en vitesse après un passage au four à micro-ondes. Les modernistes béats y voyaient une forme d’aboutissement du progrès social, et les féministes, l’émancipation d’une ménagère n’ayant plus l’obligation de s’humilier en cuisine.

C’est fou, quand on y pense, le nombre de « conneries » sur lesquelles s’est construite la doxa sociétale dont nous payons aujourd’hui les dégâts. Des milliards de francs, puis d’euros, furent ainsi dilapidés pour enrichir ceux qui ravagent nos campagnes et ruinent nos paysans afin de conquérir des parts de marché. On se doute bien que livrer, à une telle échelle, un acte naturel aussi essentiel au mercantilisme technologique finirait par poser de sérieux problèmes. S’étant intéressés de près au phénomène, les chercheurs Stella et Joël de Rosnay définissaient, dans un ouvrage paru en novembre 1981, le concept de « malbouffe ». L’idée allait creuser son sillon. Il aura fallu une quarantaine d’années avant que des instances politiques n’admettent qu’il y a péril en la demeure. Et encore, en atténuant la réalité des impacts pour marteler, comme le font Luc Ferry et Nicolas Bouzou dans leur livre Sagesse et folie du monde qui vient (XO Editions)que, malgré tout, l’on n’a jamais aussi bien mangé…

INFOS ALARMANTES

A force de mettre la poussière sous le tapis, le gîte risque de devenir invivable. Jusqu’au jour où l’invivable vire tout simplement au mortel. Conduite dans 195 pays par l’équipe du Pr Christopher Murray, directeur de l’Institut Health Metrics and Evaluation de l’université de Washington, une étude observationnelle publiée en avril 2019 par la revue scientifique médicale britannique The Lancet révèle qu’en moyenne un décès sur cinq est dû à une mauvaise alimentation.

Les travaux de l’institut américain indiquent que ce sont les déséquilibres alimentaires, soit par excès soit par carence, qui sont les premières causes de mortalité. Excès de gras, de sel et de sucre, d’un côté, carence en fruits, légumes et céréales, d’une autre. Rien de bien nouveau par rapport aux lois de la nutrition dont nous connaissons les grands principes, mais information alarmante quant à l’ampleur des ravages que ces défaillances provoquent sur la santé de l’humanité. Conclusion, en favorisant massivement l’obésité et le diabète, donc les maladies cardiovasculaires et le cancer, la malbouffe est désormais la première cause de mortalité dans le monde.

SITUATION ANGOISSANTE

Ainsi l’étude démontre-t-elle que, pour l’année 2017, pas moins de 11 millions d’êtres humains ont péri du fait d’une mauvaise alimentation, soit 20 % de la mortalité mondiale, auxquels il faut ajouter 255 millions de destins écourtés. Si la moitié de ces décès est imputable à une sous-consommation de végétaux vitaux, les autres sont principalement provoqués par l’abus de lipides de synthèse, en particulier les gras transgéniques, toujours aussi redoutables pour la santé, mais aussi de glucides, notamment les boissons sucrées, dont la surconsommation –« dix fois trop », précisent les auteurs -est devenue un fléau planétaire. Le sel n’est pas en reste des alertes de l’institut de Washington, puisque son usage dépasse de 86 % les recommandations de l’OMS. Ainsi est-il la première cause des morts d’origine alimentaire en Chine, suivie par les Etats-Unis. Pour ce qui est du classement mondial, des pays frappés par la malbouffe (étant entendu qu’il y a des régions du monde où l’on meurt encore de malnutrition, qui n’est pas la malbouffe), celui qui s’en sort le mieux est Israël (avec 89 décès pour 100 000 habitants) avec la France, l’Espagne, le Japon, l’Italie et l’Andorre, qui arrivent en tête des nations où l’on mange le moins mal.

Pour mémoire, ce numéro de Marianne paru en février 2014 sous le titre « Malbouffe, mal manger tue, comment y échapper », dans lequel, sur la base de l’ouvrage que venait de publier l’ingénieur agronome Pierre Weill (Mangez on s’occupe du reste, Plon), nous développions certains éléments de l’angoissante perspective et constations l’urgence de la situation. Une prise de position qui nous valut les sarcasmes de l’académie de la bien-pensance globalisée, nos propos ayant été jugés populistes et orientés. Rassurons-nous de voir le bon positionnement de la France dans ce classement malgré la progression constante des fast-foods et de la grande distribution sur notre territoire. Comme quoi, l’espoir nourrit.

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