Pourquoi il est si important de préserver la santé de nos sols (The Conversation)

Santé-Ecologie
Publié le 17 mars 2022

Nous n’en sommes pas forcément conscients, mais le sol est avant tout un milieu vivant, qui contient plus d’un quart des espèces animales et végétales connues sur notre planète.

Chaque mètre carré abrite des milliers d’animaux invertébrés tels que les vers de terre ou les fourmis, plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers d’espèces de champignons et de bactéries. Ce sont plus de 115 000 espèces de bactéries qui ont été identifiées grâce à leur ADN dans les sols de France (voir l’Atlas français des bactéries du sol).

La vie de ces écosystèmes est l’assurance d’un sol en bonne santé, qui assure des fonctions essentielles pour produire notre alimentation, lutter contre le changement climatique, limiter les inondations, réduire les pollutions, etc. Selon le rapport spécial du GIEC « Changement climatique et terres émergées », les trois quarts de la surface des terres subissent pourtant l’exploitation ou l’occupation des humains, quand un quart est déjà considéré comme dégradé.

Préserver la biodiversité des sols agricoles et forestiers, mais aussi réhabiliter les sols urbains aujourd’hui, c’est améliorer la capacité de nos sociétés à faire face à l’avenir. Cela implique en matière d’agriculture des changements de pratiques, notamment en « ré-alimentant » le sol en matières organiques et en diversifiant les cultures. En ville, il s’agit de désimperméabiliser et de reconstituer des sols « sains » par des approches de génie pédologique et écologique.

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Fonctions et services d’un sol en bonne santé

Par sols « sains », on entend principalement des sols qui abritent une diversité d’organismes contribuant à sa fertilité, qui ne polluent pas leur environnement et qui sont riches en matières organiques. Les sols peuvent dans ces conditions remplir correctement leurs différentes fonctions écologiques.

Parmi les sept grandes fonctions que recensent les scientifiques, on peut citer par exemple la rétention, la circulation et l’infiltration de l’eau ou encore la rétention et la fourniture des nutriments aux végétaux, fonctions essentielles au maintien des écosystèmes et de leur capacité d’adaptation aux changements climatiques.

Ces fonctions sont aussi indispensables à l’humain pour répondre à ses besoins fondamentaux. On parle ainsi de « services écosystémiques » rendus par les sols.

Des sols en bon état constituent en effet la première condition à la production de notre alimentation et à notre qualité de vie : ils apportent les nutriments et abritent les organismes grâce auxquels pousse notre nourriture – en limitant également maladies et ravageurs – ils contribuent à la régulation de la qualité de l’eau que l’on consomme, du climat local et global que l’on supporte – notamment en stockant 2 à 3 fois plus de carbone que l’atmosphère.

Tous ces formidables services et fonctions sont intimement liés et donnent à voir un sol vivant et dynamique essentiel à protéger.

Les menaces qui pèsent sur les sols

Malgré son rôle majeur, le sol constitue pourtant une ressource non renouvelable à l’échelle de la vie humaine et subit de nombreuses pressions, pour beaucoup provoquées par les activités humaines – il faut 200 à plusieurs milliers d’années pour former 1 cm de sol.

Imperméabilisation, tassement engendré par la mécanisation des activités agricoles et forestières, excavation, pollutions par les pesticides, les produits chimiques et les plastiques, érosion liée à la déforestation… Ces dégradations sont le fruit de pressions nombreuses et croissantes : urbanisation galopante, demande alimentaire exponentielle ou développement des usages de la biomasse en alternative aux ressources fossiles.

Enfin, le réchauffement climatique en lui-même, notamment induit par le destockage de carbone dans les sols provoqués par les activités humaines, a également des effets néfastes sur les sols : les fortes précipitations qui s’intensifient dans ce contexte de changement climatique contribuent en particulier à leur érosion.

Résultat, chaque heure, 11 hectares de sols disparaissent en Europe du fait de l’expansion urbaine – la France en tête. Avec pour conséquence une perte de biodiversité non sans impact sur la chaîne alimentaire, des eaux polluées, des sols moins fertiles et la multiplication des inondations et des glissements de terrain.

Une prise de conscience européenne

Pour faire face à cet enjeu, l’Union européenne s’est dotée d’une stratégie pour la protection des sols à l’horizon 2030, dont les déclinaisons législatives devraient permettre d’offrir un cadre juridique aux sols à l’échelle de l’Union européenne au même titre que l’air, l’eau et l’environnement marin.

En France, la récente loi « climat et résilience » du 22 août 2021 vient déjà renforcer ce besoin d’indicateurs opérationnels de suivi des fonctions écologiques (hydriques, climatiques, biologiques) et du potentiel agronomique des sols en inscrivant dans la loi l’objectif de Zéro artificialisation nette à l’horizon 2050 et la nécessité de suivre sa mise en œuvre.

Outre la préservation des espaces naturels et des sols forestiers, deux grands chantiers sont à mener : la restauration des sols agricoles dégradés et la réhabilitation des sols urbains artificialisés.

Restaurer les sols agricoles dégradés

En ce qui concerne l’agriculture, l’augmentation de la teneur en matière organique constitue un levier majeur pour améliorer la santé des sols. Si cette teneur varie en fonction de nombreux facteurs et notamment du climat, plusieurs pratiques vertueuses contribuent à la préserver : la présence de prairies permanentes ou temporaires, le retour au sol d’une partie des résidus de cultures, la réduction des périodes de sol nu par l’introduction de couverts végétaux, l’apport de produits résiduaires organiques tels que du compost ou des déjections animales, des aménagements de luttes contre l’érosion des sols comme les haies ou encore l’agroforesterie.

Bien sûr, la restriction aux stricts besoins des suppléments minéraux dans les élevages et des apports en pesticides et en engrais, et enfin le choix d’engrais phosphatés moins riches en cadmium permettent de leur côté de diminuer la contamination des sols agricoles.

Au-delà des forêts et de l’agriculture, la gestion des jardins publics et privés doit elle aussi évoluer. Les jardins urbains s’avèrent ainsi souvent plus pollués que les sols agricoles ou ruraux : avec le développement des potagers, le risque de transfert dans la chaîne alimentaire doit être pris en compte.

Pour limiter la contamination des sols, il est important de sensibiliser les usagers à être vigilants au choix des parcelles cultivées d’une part, et d’autre part à éviter des fertilisants nocifs et à limiter l’usage des produits de protection des plantes, même bio.

Réhabiliter des sols urbains dégradés

Quand on évoque les sols urbains, il existe une grande diversité de situations, avec des sols plus ou moins dégradés car ils sont souvent déstructurés et tassés, ce qui déséquilibre leur composition en éléments minéraux et matière organique, et contiennent des polluants variés, qui affectent la biodiversité et le fonctionnement biologique des sols.

Des solutions techniques existent permettant de maintenir, voire restaurer, les fonctions écologiques des sols, notamment via des opérations de dépollution. Il s’agit de recréer des sols fertiles à partir de techniques de génie pédologique (construction ou reconstruction des horizons du sol – on parle aussi de « biotechnosols ») et/ou génie écologique (travail du sol et apport de plantes et micro-organismes).

D’autres solutions sont fondées sur des techniques de bioremédiation (phytomanagement, biodégradation, bio-immobilisation). Cela regroupe un ensemble de méthodes qui consistent à utiliser des micro-organismes, des champignons, des plantes ou des enzymes qui en dérivent pour réduire les teneurs en polluants dans un sol et conduire à une innocuité environnementale.

Promouvoir un développement urbain durable

Au-delà de la restauration des sols agricoles et de la réhabilitation des sols urbains, différentes pistes sont envisageables pour promouvoir un développement urbain plus durable. Il est par exemple possible de réinvestir et de densifier les zones déjà bâties ou imperméabilisées, de concevoir des architectures urbaines économes en espace ou de prévoir des modes de gestion différenciée en recréant des espaces verts afin de favoriser les continuités écologiques et lutter contre les îlots de chaleur urbains ou encore limiter les inondations.

Dans un contexte de maîtrise de l’artificialisation des sols et de tensions sur leur usage, la reconversion des friches urbaines constitue un véritable enjeu pour l’aménagement urbain durable basé sur une offre de logements adaptée aux besoins, éviter son étalement, maintenir son attractivité et permettre une adaptation aux changements climatiques.

Ces sites représentent en effet de réelles opportunités pour inscrire ces zones dans une trajectoire de sobriété et de résilience nécessaire à l’atteinte de l’objectif de zéro artificialisation nette inscrit dans la loi climat et résilience d’août 2021.

En tenant compte toutefois en amont de la pollution des milieux (eau, sol et air) impliquant la mise en place de projets de réhabilitation pour l’intégration d’espaces de nature et pour être en mesure de rendre des services écosystémiques en milieu urbain.

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